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	<title>compte-rendu &#8211; Carnets de consommation</title>
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		<title>Recension d&#8217;ouvrage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Roux]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Sep 2020 07:10:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Vincent Chabault, Éloge du magasin. Contre l’Amazonisation, Gallimard, Le débat, 2020
&#160;
Le dernier livre de Vincent Chabault, Éloge du magasin, publié [...] <br/><a class="moretag" href="http://carnetsdeconso.com/papier/recension-douvrage/"> Lire la suite →</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Vincent Chabault, <em>Éloge du magasin. Contre l’Amazonisation</em>, Gallimard, Le débat, 2020</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le dernier livre de Vincent Chabault, <em>Éloge du magasin</em>, publié chez Gallimard aurait presque pu s’intituler la revanche de la proximité et du lien social face à la domination impersonnelle des plates-formes commerciales et tout particulièrement d’Amazone. Mais cela aurait été réducteur. Ce livre nous permet de voir autre chose que la seule « digitalisation marchande » de la vie sociale. Il fait ressortir par petites touches successives la diversité des fonctions sociales du commerce, ou dit plus prosaïquement, l’ambivalence des courses.</p>
<p>La présentation des marchés forains, des camelots, des « foires-fouilles », des vide-greniers, — c’est-à-dire des lieux de vente qui pourraient paraître les plus menacés par le e-commerce —, jusqu’aux nouveaux lieux de l’échange marchand qui en sont les produits directs, comme les « relais colis » ou « leboncoin », — une nouvelle façon de faire du lèche-vitrine virtuel —, en passant par le classique supermarché et les magasins de quartier avec « mon boucher », « mon fleuriste », « mon caviste », permet de montrer comment « Papy magasin » fait de la résistance.</p>
<p>L’originalité du livre tient à son approche socioanthropologique, très ouverte. En termes d’école et de discipline, on est plus proche de Vinted que des commissions du CNU. L’accès est ouvert à tous. L’auteur propose une suite de vitrines où sont exposés les résultats d’enquêtes de terrain d’auteurs en sciences de gestion comme Olivier Badot, Jean-François Lemoine, Virginie Silhouette-Dercourt, Dominique Roux, Renaud Garcia-Bardidia, en anthropologie comme Emmanuel Lallemand, Marc Abélès, Octave Debary, Daniel Miller, en économie comme Philippe Moati, en sociologie comme Sophie Dubuisson Quellier, Henri Peretz, Martyne Perrot, Claude Fischler, Pierre Bourdieu, Catherine Grand-Clément, Franck Cochoy, Dominique Cardon, en philosophie comme Gilles Lipovetsky et en histoire comme Jean-Claude Daumas.</p>
<p>C’est donc un livre rare en sociologie, ce qui en fait sa valeur. Au lieu d’exclure et de se construire contre un produit-phare, Vincent Chabault fédère sur plusieurs linéaires intellectuels un ensemble d’approches, le plus souvent micros sociologiques, quasiment anthropologiques, — ceci dit pour relativiser les distinctions disciplinaires à une même échelle d’observation — . Il n’a pas besoin d’une tête de gondole pour mettre en valeur une école plutôt qu’une autre.</p>
<p>Cela lui permet de mettre en évidence les grands mécanismes sociologiques qui constituent la pratique du « magasinage », comme on dirait au Québec, les différentes fonctions sociales du magasin et donc ce qui fonde le vivre en société.</p>
<p>Le magasin joue plusieurs fonctions symboliques. Il participe de la construction identitaire des individus et des groupes dont les composantes varieront en fonction des étapes du cycle de vie, de la culture ethnique (marché Château rouge, magasin Tati à Paris), de la classe sociale, du genre ou de la génération. Ce n’est pas le magasin qui a inventé la construction identitaire, c’est cette construction qui s’est encastrée dans les usages du magasin. « I shop therefore I am », « j’achète donc je suis », comme l’avait peint Barbara Kruger et dont le tableau avait été repris sur une affiche à Londres à l’entrée des magasins Marks et Spencer, dans les années 1990.</p>
<p>Il peut même jouer une fonction quasi psychanalytique de régression, voire hypnotique de mise en état second grâce à la climatisation et au fond musical des magasins, sans oublier l’odeur des livres dans les librairies ou l’impression de fraîcheur dans les magasins de surgelés Picard. Il peut permettre de résoudre dans l’imaginaire la recherche de l’authentique (foire aux vins), de la nature ou de l’exotique. Toutes ces fonctions symboliques ne sont pas innocentes, comme la plupart des dispositifs qui s’appuient sur la croyance et les valeurs, elles font partie des techniques de captation du consommateur.</p>
<p>Le magasin joue aussi une fonction de sociabilité, de mise en rapport entre les personnes, de lieu de construction de la confiance et de la méfiance, de liens de proximité. Le magasin a toujours eu à faire avec la mobilité, mais aujourd’hui encore plus qu’hier, avec le développement des gares et des aéroports dans le sens de centres commerciaux. Il joue donc aussi une fonction de déambulation, de loisir hors du temps.</p>
<p>C’est aussi un lieu de gestion de son budget sous fortes contraintes de pouvoir d’achat, de réflexion sur l’optimisation des coûts de la mobilité, sur l’usage des déchets, la consommation économe et l’environnement. C’est un lieu d’apprentissage social et écologique. Il permet aussi de mobiliser des compétences techniques, notamment informatiques avec les sites de revente, ou de négociation des prix avec les vide-greniers. Il en ressort de tout cela un consommateur qui sait calculer et qui possède une expertise technique dont les différentes formes de magasins en sont les révélateurs.</p>
<p>Le livre de Vincent Chabault est sans jugement de valeur même dans son chapitre sur le Black Friday où cela était tentant, vu la force de l’air du temps. Son approche est compréhensive et laisse au lecteur le soin d’en tirer ses propres conclusions. En mettant en évidence l’importance sociale du magasin, le livre de Vincent Chabault nous permet de réfléchir sur les ambivalences de la consommation économe. D&rsquo;un côté, il est nécessaire de faire décroître la production de CO2, et donc de biens de consommation, sous peine de réchauffement climatique ou de risque de guerre dans le Pacifique, mais de l’autre il ne faut pas oublier les nombreuses fonctions sociales de l’échange qu’il soit marchand ou non marchand sans lequel la vie en société n’est plus possible. C’est une belle injonction paradoxale, un « double bind ». Pour en sortir, il faut avancer, car comme dit le proverbe chinois quand on est loin de la montagne on ne voit pas par où passer, mais quand on en approche on trouve le chemin pour la traverser.</p>
<p>Dominique Desjeux, anthropologue, Professeur émérite</p>
<p>Université de Paris, faculté des sciences humaines et sociales, Sorbonne</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Recension d&#8217;ouvrage</title>
		<link>http://carnetsdeconso.com/papier/compte-rendu-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Roux]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Feb 2020 16:28:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Pierre-Yves Gomez, L’esprit malin du capitalisme, Paris, Desclée De Brouwer, 2019
&#160;
Une enquête sur les promesses qui fondent la mentalité spéculative
Depuis [...] <br/><a class="moretag" href="http://carnetsdeconso.com/papier/compte-rendu-2/"> Lire la suite →</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3><strong>Pierre-Yves Gomez, <em>L’esprit malin du capitalisme, </em>Paris, Desclée De Brouwer<em>, </em>2019</strong></h3>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Une enquête sur les promesses qui fondent la mentalité spéculative</strong></p>
<p>Depuis longtemps la plupart des professionnels du marché ont repéré le rôle central des promesses faites aux clients et des croyances et convictions qui pourraient, devraient, s’ensuivre. Ils sont notamment familiers de la notion de positionnement et, surtout, de celle de <em>proposition de valeur</em>. Cette déclaration, aussi concise et claire que possible, qui énonce et réitère la promesse que l’offre de l’entreprise est dotée d’une valeur supérieure à celle des concurrents. Il s’ensuit que le client potentiel pourrait, devrait, en être convaincu (si toutes les actions de l’entreprise sont capables de confirmer cette promesse) et qu’ainsi un tel fournisseur, une telle marque, pourrait, devrait, disposer d’un avantage concurrentiel radical. <em>L’esprit malin du capitalisme </em>(Desclée de Brouwer, 2019), le dernier ouvrage de Pierre-Yves Gomez, généralise cette idée et nous livre une enquête minutieuse et documentée sur la construction d’un récit qui nous concerne tous.</p>
<p>Cette enquête concerne l’émergence, la diffusion et le triomphe de ce qu’il appelle le <em>capitalisme spéculatif</em>. Cette manière particulière de rationaliser la valeur et de définir la performance qui s’est imposée en un demi-siècle dans de multiples pratiques et sur toute la planète. L’enquête sur ce récit est précédée d’un prologue et suivie d’un épilogue où l’auteur se transforme en essayiste et nous livre son sentiment et ses espoirs. Le lecteur paresseux et pressé qui se contenterait de lire l’introduction et la conclusion “pour se faire une idée” passerait largement à coté d’une approche minutieuse et documentée.</p>
<p>Comment a émergé et s’est diffusé ce nouvel esprit néfaste et rusé, donc malin ? Comme dans son précédent ouvrage (<em>Le Travail invisible</em>, 2013), Gomez propose d’abord une analyse du processus de financiarisation de l’économie. La loi de 1974, qui visait à réformer les caisses de retraites aux États-Unis, lui sert de point de départ. L’une de ses conséquences fut d’orienter progressivement l’épargne des ménages vers les marchés boursiers. Pas seulement l’épargne des retraités d’Amérique du nord, mais celle de tous les épargnants de la planète. Dès lors, une énorme masse de liquidités se met en quête de promesses de rentabilité. Une dizaine de grandes places financières au service d’un millier d’entreprises géantes animent ce processus. Tandis que, de proche en proche, toute l’activité économique mondiale s’est alignée sur les principes de la spéculation financière. Apparaît ainsi le « <em>casino</em> » global qui fait rêver épargnants et investisseurs.</p>
<p>La financiarisation de l’économie a eu pour effet de transformer la plupart des entreprises et des organisations en une abstraction chiffrée que Gomez appelle « <em>l’entreprise-tableur </em>». Celle qui multiplie les systèmes d’information et les instruments d’évaluation de la performance (taux, ratios, indices, classements, etc.). Celle qui enseigne à chacun, du haut en bas de l’échelle, que pour ne pas disparaître il faut s’adapter aux impératifs de l’information en temps réel. Qu’il faut alimenter, suivre et respecter les multiples indicateurs qui permettent de rationaliser finement le pilotage des organisations et donc l’activité de tous les travailleurs : tableaux de bord, instruments de contrôle, performances et normes affichées sur des écrans, reportings incessants, etc. Au nom de l’intérêt supérieur des épargnants (retraités ou non) et pour sécuriser leurs placements, il faut bien en passer par là.</p>
<p>Le triomphe du capitalisme spéculatif ne s’arrête, hélas, pas là. Gomez va ainsi au delà de son précédent ouvrage pour montrer que ce cadrage très convaincant structure désormais de multiples activités ordinaires. Celles, évidemment, des dirigeants d’entreprises, des technocrates et des bureaucrates de l’évaluation ainsi que celles des travailleurs évalués en permanence. Mais, beaucoup plus largement, les pratiques des professionnels du marché, des clients, et de tous les acteurs qui s’agitent dans les réseaux « dits » sociaux. Tous sont devenus sensibles à la fièvre spéculative. Les mêmes dispositifs (ordinateurs, téléphones, tablettes, etc.), utilisés dans les activités professionnelles comme dans les activités domestiques, sont capables de nous transformer en microcapitalistes éblouis par les promesses et les opportunités évoquées dans les plateformes du monde digital.</p>
<p>Sans cesse, nous guettons les promesses du futur. La promesse du cours élevé de nos quelques actions ; la promesse d’un prix de revente supérieur de l’appartement acheté pourtant bien cher ; la promesse de futurs revenus en provenance de la location d’une chambre d’amis ; la promesse d’un voyage moins onéreux, et peut-être plus convivial, grâce au covoiturage ; la promesse d’une future baisse de prix d’un nouvel appareil ; la promesse de futurs soldes, etc. Nous pouvons spéculer obstinément sur l’état futur de la valeur des choses et même, via le développement personnel, sur la valeur de notre propre « <em>capital humain</em> ». Que nous le voulions ou non, nous sommes tous devenus de petits acteurs du capitalisme spéculatif, attentifs aux multiples indicateurs de performances. Nous suivons, en cela, les pratiques des gros spéculateurs qui s’efforcent, en permanence, d’identifier des        « <em>relais de croissance</em> », de repérer de nouvelles        « <em>pépites</em> » parmi les start-up, de flairer de nouveaux « <em>gisements de valeur</em> », de miser sur les « <em>synergies </em>» et les «<em> disruptions </em>» à venir.</p>
<p>Gros et petits spéculateurs partagent ce même esprit, cette même mentalité, et cette même confiance dans les instruments qui semblent prédire l’avenir de nos futurs gains. Cette même idéologie de la rente qui nous épargne les soucis du présent en regard d’un futur radieux. L’historiographie contemporaine demeure suspicieuse vis-à-vis de la notion de mentalité, mais cette dernière a l’avantage de mettre clairement en évidence la banalisation d’une idéologie, en l’occurrence celle de la spéculation, dans toute une population planétaire. L’espoir que les dépenses du présent, nos dépenses, seront rendues insignifiantes par la richesse espérée dans le futur. La conviction qu’un tel désir de gain va très probablement se réaliser si nos experts dans les placements (ceux qui gèrent notre épargne et notre « assurance vie ») demeurent bien informés et compétents.</p>
<p>Gomez n’a cependant pas la naïveté de croire que nous devons cette situation la seule puissance du vaste discours de la « science » économique ou de celui du néolibéralisme, son avatar contemporain. Sans doute leurs idées ont alimenté le cadre conceptuel qui fonde nombre de nos institutions. En cela, elles ont grandement facilité la construction et l’affirmation du cadrage spéculatif. Mais ce dernier ne s’est déployé et diffusé que grâce au soutien et à l’action de ce que Michel Callon appelle des agencements socio-techniques. Toute activité ne se développe pas, en effet, indépendamment de l’agencement de dispositifs matériels et des compétences qui leur sont associés. Notamment, l’agencement que Gomez appelle la « <em>technocratie</em> <em>spéculative </em>». Des acteurs très concrets et des outils très matériels, depuis les petites mains qui nourrissent les tableurs, jusqu’à l’élite qui, le nez sur les tableaux de bord, définit les stratégies de placement, en passant par toute la bureaucratie qui gère et ordonne de multiples instruments de mesure et de contrôle.</p>
<p>Mieux, la communauté des usagers des plateformes, c’est-à-dire vous et moi, est sommée d’évaluer sans cesse la réputation de chacun afin d’apprécier la pertinence de toute promesse. Celle des vendeurs, des fournisseurs, des loueurs, des acheteurs, des clients ou des locataires. Celle des marques, des enseignes, des lieux de loisirs ou des établissements d’enseignement et de soins. Nous devenons tous, progressivement, les auteurs et usagers de multiples systèmes d’information. Au total, bon gré ou mal gré, de près ou de loin, nous devons tous nous ajuster aux multiples promesses et évaluations fournies par le capitalisme spéculatif.</p>
<p>Dès lors, la plate dénonciation du « système » ne suffit pas. Les arcanes de la pensée économique auront, sans doute, joué leur rôle performatif. Les dévots du marché sont bien présents et actifs, mais ils n’ont pas fomenté un complot quelconque. La simple déploration du cauchemar de la marchandise et d’une éventuelle pathologie nommée hyperconsommation ne remet pas fondamentalement en cause le récit du capitalisme spéculatif. Il s’agit d’abord de comprendre comment il fonctionne et comment nous y contribuons. S’il suscite la conviction du plus grand nombre, c’est parce que cette mentalité est largement partagée et, surtout, inscrite dans des dispositifs matériels quotidiens très concrets. Des dispositifs utilisés, animés et mobilisés par tous les spéculateurs, les gros comme les petits.</p>
<p>Peut-on, faut-il, dépasser un tel récit et sortir de cette situation ? Peut-on, faut-il, extraire nos contemporains de cette mentalité ? Peut-on, faut-il, supprimer ou limiter l’usage de leurs instruments favoris ? Je laisse au lecteur le soin de lire l’épilogue proposé par Gomez, lorsqu’il se penche sur le vécu de l’expérience de chacun.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Gilles Marion</p>
<p>Professeur émérite</p>
<p>EM LYON Business School</p>
<p>Janvier 2020</p>
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		<title>Recension d&#8217;ouvrage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Roux]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Oct 2018 09:23:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Dominique Desjeux, L’empreinte anthropologique du monde. Méthode inductive illustrée, Bruxelles, Peter Lang, 2018
&#160;
Auteur de travaux connus et reconnus aussi bien [...] <br/><a class="moretag" href="http://carnetsdeconso.com/papier/compte-rendu/"> Lire la suite →</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><strong>Dominique Desjeux, <em>L’empreinte anthropologique du monde. Méthode inductive illustrée, </em>Bruxelles, Peter Lang, 2018</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Auteur de travaux connus et reconnus aussi bien en sociologie et en anthropologie qu’au sein des sciences de gestion et du marketing, Dominique Desjeux livre, dans son dernier ouvrage, un récit dense et stimulant de quarante années de recherche menée autour de thématiques variées : les organisations bureaucratiques, le développement rural des sociétés africaines, la sorcellerie au Congo, le techniques agricoles à Madagascar, la consommation urbaine en France, aux États-Unis, au Danemark et en Chine, les émeutes urbaines de banlieue parisienne, la grande distribution, les dépenses énergétiques des pays à forte croissance. L’ouvrage refermé, le lecteur aura la sensation d’achever un tour du monde rythmé par d’abondantes descriptions ethnographiques et des données statistiques contribuant à de multiples analyses menées aussi bien au sein des espaces domestiques chinois ou danois, qu’à un niveau macro-social sensible aux phénomènes de transformation, de modernisation, de convergence.</p>
<p style="text-align: justify;">Précédés d’une introduction et d’un premier chapitre fixant le dispositif méthodologique, vingt-cinq courts chapitres sont autant de séquences alimentant la réflexion de l’auteur. S’il est impossible de livrer une synthèse d’un ouvrage aussi touffu qu’instructif, il est nécessaire de souligner que plusieurs fils directeurs structurent cet épais volume. Dominique Desjeux n’a pas simplement réalisé une couture entre tous ses travaux de recherche mais a souhaité ordonner une réflexion autour d’une démarche empirique (« l’unité de ce livre est méthodologique », p. 37) et un registre conceptuel propres. Au terme de cette réflexion, ce n’est pas, selon nous, uniquement une méthode qui fait l’unité de l’ouvrage mais, parmi les analyses qu’il élabore, le « travail de déchiffrement socio-anthropologique » (p. 25) brosse le portrait sociologique d’une classe moyenne mondiale, dotée de pratiques de consommation plus ou moins convergentes. Nous reviendrons sur ce point.</p>
<p style="text-align: justify;">Contre une tendance essayiste, Desjeux prône fermement l’enquête comme mode d’accès à la connaissance des rapports sociaux (« ce sont les enquêtes qui font avancer la réflexion à l’inverse de ce qu’une histoire des idées pourrait laisser croire », p. 34). L’analyse d’entretiens menés avec des individus et la réalisation d’observations directes nourrissent, dans une démarche inductive, une analyse plus globale et une discussion des théories sociologiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les dispositifs d’investigation élaborés, l’un est particulièrement fécond en ce qu’il propose une approche dynamique de la consommation : la méthode des itinéraires.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette démarche, contre les approches limitées du marketing attentives au « comportement du consommateur », vise à comprendre les pratiques d’achat comme le résultat d’un processus collectif qui fait se succéder une série d’étapes, de la prise de décision, à la mobilité en passant par la fréquentation du lieu d’achat, du rangement et l’abandon d’objets (p. 52). L’espace domestique est particulièrement investi par le chercheur en tant que lieu privilégié des usages, des choix, des relations de pouvoir intrafamilial. De longs développements du livre, basés sur un matériau qualitatif, sont particulièrement réussis et le lecteur sent que l’appétence du chercheur pour l’observation ne s’est pas affaiblie depuis son élection à la faculté des sciences humaines de la Sorbonne il y a trente ans. Desjeux décrypte par exemple avec précision les pratiques standardisées d’entretien du gazon et des haies de la classe moyenne résidant dans des lotissements de Floride (p. 196 : « le management domestique »). Il livre également des analyses particulièrement fines des appartements de la classe moyenne chinoise et leur transformation en matière d’équipement électroménager (p. 219). Il restitue « l’itinéraire alimentaire » de familles chinoises (accès à l’achat, préparation des repas, consommation). Autant d’éléments qui permettent de souligner l’empreinte sociale de la consommation, que Maurice Halbwachs avait mise en évidence il y a près d’un siècle, mais aussi les transformations des modes de vie à travers la gestion du budget, la préparation des repas, les aliments, les manières de table, l’équipement technique. L’analyse de la consommation par la restitution d’itinéraires se poursuit au chapitre 17 dans le cadre d’une enquête menée sur la société danoise. En ce qu’elle permet d’accéder à des données essentielles sur le rapport aux biens marchands et à la consommation, cette méthode aurait sans doute dû être appliquée à un nombre plus important de cas et de pays pour faire ensuite l’objet d’un ouvrage à part entière.</p>
<p style="text-align: justify;">Globalement, le cadre théorique des enquêtes est emprunté à l’analyse stratégique de Michel Crozier et Erhard Friedberg – avec qui Desjeux débuta sa carrière scientifique –, attentive aux relations de pouvoir et au jeu des acteurs en examinant les contraintes – économiques, sociales, symboliques – comme les marges de manœuvre et les ressources. Sur le thème de la consommation et des objets, Desjeux mobilise également le répertoire conceptuel de Veblen, Bourdieu ou Mary Douglas et son approche culturelle de la consommation. La posture anthropologique, armée des études menées par Dominique Desjeux en Chine, au Congo, au Brésil, aux États-Unis, en France, encourage enfin à identifier la similarité de certains processus sociaux à l’échelle internationale comme les tensions et les clivages entre classes ou générations.</p>
<p style="text-align: justify;">Trois remarques peuvent être formulées à l’issue de la lecture de cet ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout d’abord, Dominique Desjeux précise que la quasi-totalité des études réalisées ont été commandées par des administrations ou des marques, industriels et distributeurs. Si l’on est convaincu sans difficulté que l’auteur, responsable des contrats de recherche, va au-delà de la problématique imposée du commanditaire, il aurait été utile d’identifier les effets potentiels produits par une telle forme de recherche sur les savoirs et les connaissances. Par exemple, le temps long de l’enquête traditionnelle d’anthropologie et de l’ethnographie est-il compatible avec le cadre des enquêtes réalisées par Dominique Desjeux et son équipe ? Quelles conséquences la présence d’un commanditaire peut-elle avoir sur les modalités de production du savoir en termes de possibilités (moyens, « entrée » sur le terrain) et de contraintes (présence sur le terrain plus courte, demande de restitutions régulières, etc.) ? En somme, comment un anthropologue de la consommation travaille-t-il en situation de commande ?</p>
<p style="text-align: justify;">La deuxième observation a trait à la réflexion que mène Dominique Desjeux sur les échelles d’observation. Faisant l’objet d’une réflexion pluridisciplinaire dans un volume coordonné par l’historien Jacques Revel (<em>Jeux d’échelles</em>, Seuil, 1996) auquel Dominique Desjeux fait référence, cette approche est transversale à l’ensemble de ses travaux de recherche. L’existence d’un modèle unique d’intelligibilité du social est illusoire, les résultats des analyses varient selon le niveau du regard et des découpages réalisés (micro, méso, macro). Certaines échelles, auxquelles correspondent des techniques de recueil de données, font apparaitre des mécanismes sociaux qui, à d’autres échelles, sont totalement ou partiellement invisibles. Si cette affirmation est convaincante et si Dominique Desjeux, au fil de chapitres, la soutient et assume la « généralisation limitée » (p. 119) de ses résultats, il semble aussi nécessaire, afin de rendre plus solides les conclusions de certaines investigations, de systématiser la variation d’échelle pour chaque objet de recherche. On pense par exemple à la mobilisation de grands indicateurs statistiques sur la consommation des familles danoises et chinoises qui pourraient être confrontés aux données ethnographiques récoltées par la méthode des itinéraires.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre dernière remarque vise à discuter la thèse centrale du livre. Pour Dominique Desjeux, et dans la lignée de Veblen et de Halbwachs, la consommation et les processus auxquels elle renvoie – des décisions, des pratiques, des transactions mais aussi des lieux, des entreprises et des symboles – sont une voie d’entrée à l’étude plus globale de la stratification sociale. Par la consommation, c&rsquo;est-à-dire par l’évolution des normes sociales au sein des familles mais aussi par les objets et les innovations technologiques des industriels et des distributeurs, il est possible d’identifier, selon lui, l’essor d’une classe moyenne mondiale. Des signaux tels que l’investissement dans le bricolage, le jardinage ou la consommation de cosmétiques au sein des familles, les dépenses énergétiques, le développement des <em>malls</em> en Amérique du Nord mais aussi au Moyen-Orient et en Asie regroupant une offre commerciale uniformisée (Rinny Gremaud, <em>Un monde en toc</em>, Seuil, 2018) sont autant d’indicateurs de la convergence de pratiques portées par des catégories intermédiaires de différents pays. Si l’analyse de la circulation des objets est centrale dans l’approche anthropologique de Dominique Desjeux, il aurait été sans doute possible, notamment à l’aide d’indicateurs statistiques, de définir plus précisément les propriétés économiques et sociales de cette classe moyenne, pays par pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, si l’auteur ne masque pas les clivages générationnels que cette convergence des styles de vie produit dans les familles – le chapitre consacré à l’évolution des soins du corps et du maquillage en Chine est de ce point de vue là très convaincant – il aurait été pertinent d’avoir un éclairage sur le maintien de certaines pratiques et routines qui, malgré l’évolution des normes sociales et culturelles, ne connaissent pas de transformation. La convergence ne saurait cacher la singularité. L’entrée dans la société de consommation ne conduit sans doute pas uniquement vers l’occidentalisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette réflexion sur le développement d’une classe moyenne en Chine et ailleurs, accompagné d’innovations technologiques et de systèmes de distribution renouvelés (le e-commerce, p. 285), est enfin instructive dans la mesure où elle donne la possibilité de mener des comparaisons et d’identifier notamment « un chassé croisé des classes moyennes mondiales » (p. 303 et suivantes).</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les pays développés, le déclin du pouvoir d’achat des catégories intermédiaires entraîne ses membres vers une consommation plus économe et vers des pratiques alternatives comme l’économie collaborative dont on ne souligne sans doute pas suffisamment qu’elle tire son succès de la crise de 2008. Dans les pays dits émergents, qui connaissent des taux de croissance supérieurs, les individus appartenant aux classes moyennes voient leur pouvoir d’achat croître et la structure de leurs dépenses évoluer (diminution de la part consacrée à l’alimentation au profit de biens technologiques, des loisirs, de l’ameublement, des soins du corps) D’un côté, le succès électoraux des partis et des mouvements populistes semble traduire un déclassement. De l’autre, une classe moyenne instruite, à fort pouvoir d’achat, revendique un nouveau système de décision politique plus attentif à la démocratie, aux inégalités sociales et au coût environnemental de la croissance économique.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est par la description de la montée de la classe moyenne mondiale et ses implications énergétiques dans un contexte de transition climatique que s’achève cette « traversée des cultures » (p. 34), entrecoupée d’un témoignage plus personnel, celui « d’un réformiste de gauche » sur les évènements de mai 68 (chapitre 17). Dominique Desjeux, après une scolarité dans une institution jésuite réputée du XVIème arrondissement et un passage au grand séminaire, fut étudiant à l’université de Nanterre au cours des années 1960.</p>
<p style="text-align: justify;">Utile et passionnant pour le lecteur, qui a accès, en un volume, à la « vie d’enquêtes » d’un chercheur, ce type d’ouvrage doit en même temps être difficile à concevoir et rédiger pour l’auteur qui, plongé dans ses souvenirs tant professionnels que personnels, retrace un parcours scientifique qui ne semble cohérent et structuré qu’<em>a posterori</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Vincent Chabault, maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Descartes (Cerlis-CNRS)</p>
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